« Ils nous ont massacrés, comment pouvons-nous vivre avec eux? Ils recommenceront. »

IRAK – Resho Qasim Ali est un combattant yézidi d’une milice alliée aux forces kurdes peshmergas. Il a accepté de se rendre dans son village natal d’Hardan, ravagé par les djihadistes en août 2014, et raconter ce qu’il s’est passé.

« Ils nous ont dit Convertissez vous à l’islam ou mourrez. »

C’est sous un champs de ruines que Resho témoigne avec pudeur de ce que lui et sa famille ont subi lorsque l’Etat Islamique a pris d’assaut leur village.

« Ils ont pris les familles, femmes, enfants, petites filles. Plus de 600, rien que pour notre village. Ils les ont fait prisonniers, ont tué les jeunes et les vieillards, mais ont capturé les femmes et les filles. Je vivais ici depuis plus de 70 ans. 38 membres de ma famille sont portés disparus, dont deux de mes fils, mes petits-enfants, des membres de la famille de mon frère, de ma sœur, et de ma belle famille. Les djihadistes étaient sur place pendant des mois. Le village en était remplis. Ils sont venus le 3 aout 2014. Il était 10 h 30 lorsqu’ils arrivèrent dans notre village. Ils nous ont dit, Convertissez vous à l’islam, ou mourrez. Les gens ont fui. 60 furent tués. 400 femmes et enfants furent capturés. »

Le journaliste qui recueille ses propos lui demande si les hommes qui ont fait ses exactions étaient des étrangers ou s’ils faisaient partie du village.

« Non. C’était des irakiens, des arabes, nos voisins. Nous les connaissions. Ils venaient des villages alentours. Il y avait aussi des turcs de Tal Afar. Des jeunes villageois locaux. Nous les connaissions, et nous connaissions leurs soldats. »

Resho s’éloigne dans la plaine pour montrer du doigt des restes d’ossements à moitié ensevelis sous la terre. Avec un autre combattant, il se dirige vers un amas de terre rêche et se mettent à creuser avec un couteau qui cogne sur ce qu’il croit être une pierre. Resho affirme qu’il s’agit d’un crâne humain.

« Les djihadistes ont rassemblé les os ici. Cela fait 6 mois qu’on attend que ces ossements soient déterrés, mais personne ne vient nous aider. Nous ne l’accepterons pas tant que cela ne sera pas reconnu comme génocide. »

Un peshmerga confie que si l’Etat Islamique fait une épuration ethnique de leur peuple c’est parce qu’ils sont yézidis.

« Les kurdes musulmans ont rejoint le Kurdistan en passant par Tal Afar et Mossoul. Rien ne leur est arrivé. Notre peuple a été tué parce que nous sommes yézidis. »

Lorsqu’on lui demande s’il lui sera possible de retourner vivre avec ses voisins lorsque la guerre sera finie,  Resho prend un air grave et élève la voix :

«Ils nous ont massacrés, comment pouvons-nous vivre avec eux? Ils recommenceront.»

Il est estimé à 50 000 le nombre de réfugiés (en Irak et en Turquie, une minorité en Allemagne), 12 000 piégés au Mont Sinjar (la plupart des orphelins, veuves, qui vivent dans des conditions extrêmement précaires avec manque de nourriture et de soins) encerclés par les djihadistes avec comme seul rempart les peshmergas et autres milices chiites et chrétiennes, et 3 000, le nombre de yézidis capturés par l’Etat Islamique, principalement des femmes et des enfants. La méthode est la même que celle décrite par Resho : les hommes sont tués, et les autres pris comme captifs. Les enfants sont embrigadés dans les entrainements djihadistes pour servir de futurs soldats, de boucliers humains ou de kamikazes. Ceux qui ont pu s’échapper en août dernier sont soit parvenus à rejoindre des camps de réfugiés – souvent miséreux – les autres sont morts de soif.


10 Juin 2015
Sources : Vice News , The Jewish Press, Washington Post
Rédaction : Sapientia ©

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